femme au foyer

  • Vis ma vie de femme au foyer

    Faire survivre la femme en soi en étant mère au foyer est un sacré défi que bien souvent je perds.

    D'abord parce qu'on vit un rythme que personne n'est en mesure de comprendre, le tempo étant donné par le ou les enfants. Et un enfant est, croyez moi vraiment, bien pire que le plus sadique des patrons. L'enfant n'a pas d'horaire défini à l'avance, non, car l'enfant est "spontané" : il a faim, il a soif, il veut un câlin ("oh que c'est beau un câlin" disent les Autres... Pas sûr qu'ils tiendraient le choc au bout du 20ème en une heure - particulièrement quand on a la vaisselle à finir), il a sommeil (mais finalement pas, mais un peu quand même, mais le bruit l'a réveillé, mais il a faim, soif...), il a fait dans sa couche, il veut jouer AVEC NOUS... L'enfant est un doux tyran qui veut son temps d'attention et de soins. Et d'amour.

    Entre chacune de ses nombreuses envies ou besoins, il y a ... le ménage. Faire le ménage quand l'enfant n'est pas là ne prend pas plus de 35 minutes. La présence de l'enfant complique tout, pour les raisons cités plus haut. Et là, la fatigue aidant, on se mélange les pinceaux, on ne sait plus où l'on en était. C'est ainsi que les vêtements propres se retrouvent dans la sale de bain, que le seau et la brosse restent dans la chambre et que l'aspirateur installé dans le couloir ne nous dérange même pas. Parce qu'on ne le voit plus.

    En plus, le ménage est un odieux pervers qui revient toujours trop vite. Chaque soir, malgré tous les efforts du monde accomplis dans la journée, la maison ressemble à celle qu'on a trouvé le matin-même en se levant : des assiettes et des verres un peu partout, du linge qui traine, des sols maculés d'empreintes et de purées de légumes, une poubelle pleine, des télécommandes introuvables.

     Et puis, vu qu'il reste un peu de temps, (on est à la maison bordel) le foyer compte sur nous pour les victuailles.

    L'enfant ne mange pas encore comme les grands. Il lui faut donc son (ses) repas. L'homme ne mange pas comme l'enfant, il lui faut son dîner. Théoriquement, si la femme veut ressembler à quelque chose de potable, il lui faudrait son (ses) repas.

    Horreur, le frigo est vide, comme trop souvent (4 fois par semaine). Il faut donc arpenter les rayons de surpermarché, avec un enfant pas du tout content d'être assis dans un caddy sans pouvoir attraper tout ce qu'il voit, définir des menus, passer en caisse, charger sa voiture de sacs qui pèsent un âne mort, décharger sa voiture tout en trouvant le moyen d'éviter à l'enfant de se faire écraser, puis, avec un bonheur sans nom, de ranger soigneusement ses placards et son frigo, tout en faisant un tri de tout ce qui n'est plus consommable et qui germe sur les étagères. Pendant que l'enfant disperse habilement dans toute la maison les provisions qu'il a réussi à attraper au vol.

    Et juste avant de rentrer du parc, nous tombons sur une espèce ménaçante : il arrive que la boite aux lettres nous déteste et nous gerbe des factures et rappels sans ménagement. Il faut donc payer, trier, ranger, trouver des timbres et des enveloppes. Et comme un homme de 31 ans et une femme de 32 cumule à eux deux de nombreuses factures, fiches impots et autres joyeusetés, et qu'un enfant de 1 an reçoit déjà beaucoup de courrier (merci banque, CAF et Sécu), le tas de paperasses grossi quotidiennement. Il faudra aussi aller à la poste car les timbres ont tous disparus.

    Comme beaucoup de mamans au foyer, l'argent ne prolifère pas aussi vite que des couches sales. Il est de coutume que la femme s'ingénie à trouver des moyens pour ralentir l'exode. Elle doit donc faire "elle même". C'est un plaisir, certes, mais c'est du temps : produits d'entretien, de cosméto, d'alimentation ... Voir de couture pour les plus aguéries.

    A la fin de sa journée (avant que l'Homme rentre quoi ...), la femme n'a pas encore trouvé le temps de prendre sa douche "correctement" sous peine de retrouver l'enfant mort d'un accident domestique. Elle n'a pas eu le temps de choisir avec soin ses vêtements. Elle n'a pas eu le temps de peaufiner sa coiffure, son maquillage, ses bas résilles. Parler de poils serait tabou.

    Comme toute fin de journée, l'enfant est épuisé, mais fossé des générations, au lieu de se calmer devant la TV, l'enfant sautille partout comme un Tigrou en folie.

    L'homme rentre, regarde l'allure dépassé de sa femme, soupire en lui même tout en disant qu'il est heureux de retrouver sa petite femme chérie et son enfant adoré. Il arrive qu'il jette un oeil à l'état de la maison, regrettant la femme des années 50 dont on lui a parlé, celle dont la maison brillait de mille éclats, celle qui allait lui servir un petit Martini olive en lui montrant le plat sophistiqué qu'elle a eu le temps de lui préparer. L'homme a trop regardé Samantha ma sorcière bien aimée.

    L'homme aura dans son assiette un steack surgélé et de la salade en sachet, ce soir. Et en dessert un yaourt.

    La nuit arrive. L'enfant a mangé avec les doigts, repeint la chaise haute et le sol de purée de brocolis, il a pris son bain, bu son biberon. Enfin, il dort...

    L'heure du journal télévisé... Que la femme n'a pas le temps de voir puisqu'elle fait brûler les steaks dans sa cuisine ... "Quel jour sommes nous ? ", se demande t elle, "ah oui, mercredi puisque demain l'enfant voit le pédiatre". La vie de la femme est rythmé aussi par les événements liés à la santé de son enfant.

    Le soir arrive. L'homme a passé une dure journée, il veut sa femme a ses côtés pour regarder le film. Et plus si affinité.

     

     Toute ressemblance avec une journée  ayant réellement était vécue serait purement fortuite. Mais chéri, je t'aime !